Article original : Questions on GMOs, publié par Steven Novella sur son blog Neurologica.

1500 mots – environ 5 minutes.


Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) restent la question sur laquelle il y a la plus grande disparité d’opinions entre les scientifiques et le grand public. Même parmi les personnes se considérant comme sceptiques, qui font un réel effort pour aligner leurs opinions avec les faits scientifiques, il reste une grande méfiance vis-à-vis des OGM et des compagnies qui les produisent (comme Monsanto).

Cette disparité est en partie due aux décennies de campagne menées par Greenpeace et le lobby biologique pour diaboliser les OGM. Il est beaucoup plus facile de susciter des peurs que de rassurer. Je pense que nous commençons doucement à revenir à la raison sur cette question, mais ils nous reste un long chemin à parcourir. Nous avons commencé par le plus facile, corriger les mensonges purs et simples.

Il est par contre beaucoup plus difficile de dissiper la vague sensation qu’il y a quelque chose de menaçant à propos des OGM. Nous avons une profonde connexion émotionnelle avec la nourriture dont nous ne nous rendons peut-être même pas compte. Il est facile de déclencher notre sentiment de dégoût, et nous avons une tendance probablement évolutive à éviter tout ce qui pourrait être contaminé. L’image de « frankenfood » contre-nature s’accroche toujours à notre culture et est compliquée à dissiper.

J’ai récemment reçu la question suivante d’un auditeur du SGU (NdT : The Skeptic’s Guide to the Universe, un podcast hebdomadaire tenu par l’auteur du post original), que je pense être représentative de cette inquiétude persistante :

Ma question est, étant données nos actuelles capacités de recherche scientifique, existe-t-il des études scientifiques irréfutables qui peuvent prédire les effets à long terme des OGM, en termes de santé personnelle et de l’impact environnemental potentiel (c’est-à-dire la diversité génétique) ? Quelles sont les techniques que nous pouvons utiliser, étant donnée la nature potentiellement lente et à long terme d’un véritable impact sur ces deux aspects (bien-être et environnement) ?

Les OGM introduisent-ils aussi de nouveaux risques dans le monde, dans la mesure où ces modifications pourraient commencer à être faites pour le profit ou pour des raisons géopolitiques plutôt que pour le bien-être social ? Peut-être un OGM rebelle inspiré d’une mauvaise science-fiction pourrait anéantir par inadvertance les réserves en nourriture d’une autre nation (une adaptation du concept des moustiques non-contaminables pour réduire la diffusion de la malaria) ?

Je pense que des questions raisonnables comme celles-ci contribuent beaucoup à expliquer la déconnexion entre les scientifiques et le public. Même un sceptique raisonnable et scientifiquement instruit pourrait simplement ne pas suffisamment comprendre la science des OGM pour avoir confiance en leur sûreté.

En premier lieu nous devons distinguer le processus du résultat final. Le fait d’être un OGM décrit seulement le processus par lequel le cultivar a été fait. Il ne dit rien de la nature du résultat final. La modification génétique, un terme un peu vague, se réfère habituellement aux techniques qui altèrent directement le génome d’une plante, plutôt qu’aux techniques de croisement. Il y a toujours des techniques que j’estime être dans une zone de flou, comme la mutagenèse, où des produits chimiques ou des radiations sont utilisés pour augmenter le taux de mutations en vue de produire plus de variétés à sélectionner et cultiver.

L’altération génétique directe peut inclure l’extinction où la modification d’un gène déjà présent dans la plante ou l’insertion d’un nouveau gène, qui peut venir d’une espèce très proche ou d’une espèce appartenant à un autre règne du vivant. C’est cette dernière catégorie qui attire le plus les critiques parce qu’elle semble la plus « contre-nature ».

Cela amène un point important. Les biologistes savent que tous les êtres vivants connus sur Terre partagent le même code génétique. Un gène est un gène. Les humains partagent déjà environ 60 % de leurs gènes avec les plantes. La « tomate-poisson » illustre parfaitement cette mauvaise compréhension. Un programme OGM prévoyait d’insérer un gène d’un poisson résistant au froid dans un plant de tomates, résultant en des tomates résistantes au froid. Cela aurait pu étendre la saison de pousse des tomates, et augmenter la productivité. Ce produit a été développé mais n’a jamais été approuvé ou commercialisé. La « tomate-poisson », généralement dépeinte comme une tomate effrayante avec des écailles et des nageoires, est devenue un mème anti-OGM courant.

Mais seulement voilà, les tomates partagent déjà plus ou moins 60 % de leurs gènes avec le poisson. Par ailleurs, les gens mangent du poisson qui, sauf erreur de ma part, contient beaucoup de gènes de poisson. La source du gène n’est pas pertinente. La tomate ne sait pas d’où vient le gène. Tout ce qui compte est la protéine codée par le gène et ce qu’elle fait. En attendant, dans une enquête canadienne, 22 % des sondés pensaient que des tomates modifiées avec un gène de poisson auraient un goût de poisson.

Entre parenthèses, pour être totalement précis, les différents règnes du vivant utilisent bien des séquences promotrices différentes dans leur génome, donc quand des gènes sont pris d’espèces éloignées, les scientifiques ont parfois besoin d’insérer un promoteur qui sera fonctionnel chez l’hôte. Cela n’affecte cependant pas le produit final.

Cette même enquête canadienne a trouvé ceci :

Un pourcentage significatif de la population croit que la modification génétique implique aussi des radiations et/ou l’injection d’antibiotiques, de stéroïdes et d’hormones dans la nourriture et les produits alimentaires.

À nouveau, une vague impression que quelque chose de contre-nature se trame. Les gens pensent aussi que les OGM sont anormalement gros, et que ce sont des mutants, comme les X-Men, mais en plantes. Elles pourraient donc être des superprédateurs, ou faire des choses qu’aucune plante « normale » ne peut faire, ce qui pourrait tuer notre écosystème. C’est une chimère.

Tous les êtres vivants sont des mutants. Il n’y a pas d’état naturel pour aucun gène. Ils subissent des mutations en permanence. Certains gènes sont extrêmement « conservés », ce qui signifie que leurs fonctions sont tellement critiques et stables qu’ils ne tolèrent pas de mutations, lesquelles sont sélectionnées lorsqu’elles arrivent. Nous partageons les mêmes histones avec les pois, par exemple. Mais pour la plupart des gènes et protéines, qui sont peu conservés, ils ne sont pas plus mutés que n’importe quel autre gène.

Quand les biologistes parlent de mutation ils font généralement une affirmation relative, par rapport à la quantité de différences entre les gènes. Une mutation est un changement, mais le résultat final n’est pas intrinsèquement différent biologiquement de la source. Cela ne donne pas de super-pouvoirs, ou ne fait des produits prodigieusement gros, ou ne les rend « contre-nature ».

En d’autres termes, il n’existe pas réellement de « mutants », seulement des différences relatives entre les espèces, races, et variétés cultivées.

Existe-il donc un quelconque risque intrinsèque ou méconnu des OGM car ce sont des « mutants » ? Non. La question même montre une mauvaise compréhension de la biologie et de la génétique.

C’est pourquoi les scientifiques vont mettre en avant que tout a évolué dans le temps, et que les humains ont artificiellement fait évoluer presque toute la nourriture avec différentes méthodes. Tous nos aliments ont muté par rapport à ce qui était présent dans la nature préalablement à l’intervention humaine. Les OGM ne sont pas plus des « mutants » que les variétés développées à travers le croisement ou l’hybridation.

La seule vraie question est celle-ci : existe-t-il des risques spécifiques ou uniques aux processus utilisés pour développer des OGM ? La réponse à cette question est non. Cela a été étudié depuis des décennies maintenant. Oui, les techniques de modification génétique touchent au génome. C’est un peu le but. Mais le processus implique un croisement entre les plantes avec un gène inséré et la variété originelle jusqu’à ce qu’une nouvelle variété stable soit développée. Cela est fait jusqu’à ce que l’on ait une nouvelle plante qui diffère seulement par le fait qu’elle contient le nouveau gène voulu.

Nous étudions toujours soigneusement les nouveaux OGM pour s’assurer que toutes les nouvelles protéines exprimées ne sont pas dangereuses, ce qui est raisonnable. Nous les étudions pour être sûrs qu’elles ne diffèrent pas fondamentalement de leur variété d’origine, qu’il n’y a pas eu de changements inattendus.

L’environnement n’a rien de particulier à craindre de OGM. Nous ne créons pas des plantes envahissantes. Les scientifiques créent des plantes. Ces plantes, par leur nature même, ne sont pas robustes. Elles dépendent des humains pour leur fournir des conditions de croissance optimales et pour les protéger des parasites. Nous les rendons aussi plus comestibles en réduisant une grande partie de leurs défenses naturelles. Les plantes produisent elles-même une série de pesticides qu’elles utilisent pour se protéger, ce qui peut les rendre amères ou nocives, nous les sélectionnons donc pour les éliminer. Dans la nature, sans les humains pour s’occuper d’elles, les plantes seraient pour la plupart fragiles. Ne craignez donc pas qu’elles prennent le contrôle.

La peur des OGM est un sujet qui pourrait être particulièrement sensible à l’éducation, puisque plus les gens comprennent la biologie des plantes et les OGM,  moins ils sont inquiets,  et plus ils acceptent cette technologie.

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