Article original : Assumptions vs. inductive logic: is radiometric dating based on assumptions?, publié le 18 Juin 2015 par Fallacy Man sur The Logic of Science.

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Quiconque ayant débattu avec un créationniste a invariablement fait face à leur usage libéral du mot « hypothèse ». C’est l’un de leurs va-tout, leur argument fourre-tout qu’ils utilisent régulièrement pour « vaincre » toutes preuves opposées à leur position. Par exemple, si vous leur présentez le fait que les récifs coraux grandissent trop lentement pour s’être formés il y a 4 500 ans (ils calculent le temps depuis l’inondation supposée du monde entier), ils diront, « eh bien tu supposes que les coraux ne pouvaient pas grandir plus vite dans le passé ». De même, si vous soulevez le fait que les carottes de glace montrent clairement que la Terre ne peut absolument pas avoir moins de 10 000 ans, ils rétorqueront : « eh bien tu supposes que les couches se forment seulement annuellement ». Plus notoirement, quand ils font face au fait que la datation radiométrique anéantit complètement la notion de jeune Terre, ils choisissent d’ignorer cette preuve parce que les scientifiques « supposent un taux constant de désintégration/quantité de matière dans la roche originale ». Le rejet aveugle des preuves est souvent accompagné de la rhétorique : « tu étais là ? ». Le problème est que ces créationnistes utilisent mal le terme d' »hypothèse », et comme d’habitude, ils interprètent très mal la manière dont la science fonctionne vraiment. Comme je le démontrerai, le taux de croissance des coraux, le taux de désintégration radioactive, etc. ne sont pas des hypothèses. Au contraire, ce sont des conclusions d’une simple logique inductive.

La définition d' »Hypothèse ».

Premièrement, nous devons définir ce que signifie « hypothèse ». Au sens large, nous pourrions définir une hypothèse comme quelque chose qui ne peut pas être prouvé de manière certaine (à 100 %). Mais c’est une définition extrêmement problématique puisque que tout deviendrait virtuellement une hypothèse. C’est ce problème que Descartes décrit dans sa célèbre déclaration « cognito ergo sum » (« Je pense donc je suis »). Voyez-vous, je ne peux pas prouver avec 100 % de certitude que je ne suis pas en train de rêver, ou que je suis pas actuellement dans la Matrice. La seule chose dont je peux être à 100 % sûr, c’est de ma propre existence. Par conséquence, au sens large de cette définition, je « suppose » que je suis en fait dans un monde réel et physique. Heureusement, je pense que même les créationnistes seraient d’accord avec moi sur le fait que cette définition n’est pas vraiment pertinente et je ne pense pas que ce soit selon cette définition qu’ils agissent.

Une définition plus restrictive est qu’une hypothèse est quelque chose qui ne peut pas être directement observé. En effet, il semble que ce soit de cette définition qu’usent les créationnistes, mais cette définition est aussi remplie de problèmes et d’inconsistances. J’ai déjà développé le problème le plus fondamental. À savoir que l’observation directe est en fait peu fiable, et que vous pouvez utiliser la logique inductive pour parvenir à une conclusion à propos d’une chose sans l’avoir directement observée. (autrement dit: il n’y a aucune différence entre science « historique » et « observable ».) Souvenez-vous que la logique inductive est le type de logique qui va d’une série d’observations vers une conclusion générale.

J’avais déjà utilisé la théorie de la gravité pour l’illustrer, mais c’est un exemple tellement bon et clair quand je vais l’utiliser encore. La théorie de la gravité établit que tous les objets avec une masse produisent une gravité et sont attirés par la gravité d’autres corps. Elle détaille aussi comment mathématiquement ces corps interagissent entre eux, produisant finalement ce qui est connu comme la constante de gravitation (G) où G = 6,672×10-11  N.m2.kg-2. Cette valeur est extrêmement utile et nous permet de faire quelque chose de vraiment précis. Pour deux corps, n’importe lesquels, si nous connaissons la masse de chaque objet et la distance entre eux, alors nous pouvons utiliser G pour calculer la force de gravitation entre ceux deux objets. Ces calculs ne fonctionnent, cependant, que si G est bien constante.

La question est, bien sûr, comment savons-nous que la constante de gravitation est justement constante ? Eh bien, assez simplement, nous avons testé encore et encore et cela a toujours été correct. En d’autres termes, nous la considérons comme vraie à cause de la logique inductive (autrement dit : nous sommes partis d’une série d’observations jusqu’à une conclusion générale). Ce qui importe, c’est que nous ne pourrons jamais prouver que G est en fait constante, parce que faire cela requerrait que nous testions G sur chaque morceau de matière dans l’univers. C’est clairement impossible, donc, à la place, nous comptons sur la logique inductive (il y a par ailleurs de très solides raisons mathématiques de penser que G est constante).

C’est là que les choses deviennent intéressantes (et problématiques pour les créationnistes). Nous utilisons G tout le temps, et même dans des situations où l’on ne peut en fait pas observer que G fonctionne pour l’objet en question. Toutes les classes de physique niveau lycée ont déjà éprouvé les calculs qui utilisent G, et elle est extrêmement importante en astrophysique. C’est extrêmement important parce que personne ne prétendrait que G est juste une « hypothèse » mais cela correspond exactement à la définition que s’en font les créationnistes. Imaginez une seconde qu’un astrophysicien obtienne une explication pour quelque phénomène et que les mathématiques, pour cette explication, impliquent G. Ce serait complètement absurde que vous disiez : « Je n’ai pas à accepter cette explication car vous supposez que G est constante ». Nous savons que G est constante, car nous l’avons mesuré encore et encore et qu’elle a toujours été constante. De plus, via la logique inductive, nous devons accepter qu’elle est constante jusqu’à ce qu’il nous soit montré une raison irréfutable de penser qu’elle n’est pas constante. Dans le même ordre, nous avons mesuré les taux de désintégration radiométrique encore et encore et ils ont toujours été constants. […] De même, nous avons mesuré plusieurs fois le taux de croissance du corail, et nous savons que le plus rapide de leur taux de croissance n’est certainement pas suffisant pour qu’ils aient été formés il y a quelques petits milliers d’années. Quand nous faisons une affirmation de ce genre, nous ne « supposons » pas que les taux de croissance n’étaient pas plus grands : nous appliquons plutôt la logique inductive.

Par ailleurs, notez que l’argument que les créationnistes utilisent là n’est rien d’autre qu’un sophisme ad hoc. Il n’y a absolument aucune raison de penser que les récifs coralliens grandissaient plus vite dans le passé, ou que les strates et les noyaux de glace se formaient plusieurs fois par ans, ou que les particules radioactives se dégradaient plus vite, etc. Mais les créationnistes supposent que ces choses se sont produites alors même qu’ils n’ont aucune preuve pour appuyer ces notions. Voilà le vrai sens d' »hypothèse ». Une hypothèse est quelque chose que vous choisissez de considérer comme vrai malgré le manque de preuves. Alors, en dépit de ce qu’aiment croire les créationnistes, les méthodes scientifiques utilisées pour dater la Terre sont basées sur de la logique inductive et non sur des suppositions ; contrairement aux arguments des créationnistes qui sont entièrement basés sur des suppositions et des sophismes ad hoc (note : j’utilise « hypothèses » comme synonyme de « suppositions infondées » parce que c’est comme cela que les créationnistes semblent l’employer).

Comment fonctionne véritablement la datation radiométrique

Heureusement, à présent, vous réalisez que les scientifiques ne font pas juste des hypothèses hasardeuses, mais juste pour être sûr, je veux rapidement repasser sur la manière dont fonctionne véritablement la datation radiométrique parce qu’il y a beaucoup de confusions et une méconnaissance de ce phénomène. Premièrement, réalisez qu’il y a plusieurs types de datation radiométrique. Chaque méthode est spécifique au type de roche qu’elle peut dater et celle que vous utilisez dépend du type de matériau sur lequel vous travaillez (on peut noter par ailleurs, que vous pouvez voir des créationnistes prétendre qu’ils ont daté quelque chose que l’on sait récent, comme un rocher du Mont Saint Helens et que la datation radiométrique a dit que c’était ancien. Ces rapports sont généralement le résultat de créationnistes utilisant la mauvaise méthode sur le rocher en question).

Pour illustrer le fonctionnement de la datation radiométrique, je vais me concentrer sur une méthode (la datation par l’uranium-plomb) mais tous les autres types de datations radiométriques suivent les mêmes grandes étapes (note : techniquement, il y a deux types de datations par l’uranium-plomb et elles sont en général utilisées simultanément, mais je vais, ici, me concentrer sur le cycle du 235U pour faire simple). La datation par Uranium-plomb est utilisée sur un type de roche appelé « zircon ». Les zircons sont utiles car lorsqu’ils se sont formés, le processus de formation a incorporé de l’uranium mais à fortement repoussé le plomb, ce qui signifie que les zircons récemment formés ne comportent pas la moindre trace de plomb. A cette affirmation, l’argument des créationnistes est que les scientifiques « supposent que cette quantité est celle avec laquelle la roche s’est formée ». Mais nous ne « supposons » pas. Au contraire, nous avons testé le processus de formation des zircons, nous comprenons la chimie et nous savons que le plomb n’est pas incorporé. C’est simplement de la logique inductive (note : la quantité d’uranium dans la roche initiale est importante).

L’Uranium existe sous plusieurs formes d’isotopes (même élément, différent nombres de neutrons), et celui qui nous intéresse est le 235U. La désintégration de l’235U en 207Pb (un isotope du plomb) a un taux connu sous le nom de demi-vie. Une « demi-vie » est d’environ 704 millions d’années. Comment savons-nous quelle est sa demi-vie ? C’est simple : nous avons mesuré le taux de désintégration encore et encore et il a toujours été le même (autrement dit. : la logique inductive). Ainsi, de même qu’avec la théorie de la gravité, il y a de solides raisons mathématiques de penser que le taux est constant (en fait, c’est une loi scientifique connue sous le nom de loi de la désintégration radioactive). Alors, encore une fois, dire que les scientifiques « supposent » que les taux de désintégration sont constants n’est pas différent de dire que les scientifiques « supposent » que la gravité est constante. Dire que nous ne devrions pas croire les taux de désintégration est aussi absurde que de dire que nous ne devrions pas croire à la gravité.

Pour illustrer la manière dont fonctionne la demi-vie, disons qu’une roche commence avec 80 atomes de 235sU. Après 704 millions d’années, il y aura un ratio 1:1 (40 atomes de 235U et 40 atomes de 207Pb) parce que la moitié des particules se seront désintégrées. Après encore 704 millions d’années (1,408 millions au total), le ration sera de 1:7 (10 atomes de 235U et 70 atomes de 207Pb), etc. Les ratios sont ici des éléments importants, et ils sont ce pourquoi la quantité d’uranium dans la roche originale est pertinente. Nous pouvons prendre un zircon, mesurer la quantité de 235U et celle du 207Pb, et le ratio de ces deux éléments chimiques nous diront quel âge a la roche. Par exemple, si le ratio est de 1:7, alors elle a 2,1 milliards d’années. Peu importe que le ratio résulte de 1 atome de 235U et de 7 atomes de 207Pb ou de 1000 atomes de 235U et de 7000 atomes de 207Pb, le ratio est toujours 1:7.

En résumé, la datation radiométrique est basée sur de vrais tests, des résultats scientifiques et non des hypothèses. On sait qu’à la base il n’y a pas de plomb dans les zircons, parce que les zircons repoussent complètement le plomb lors de leur formation. Ce n’est pas une « hypothèse », c’est une conclusion inductive basée sur de nombreuses expérimentations. Nous ne connaissons pas la quantité d’uranium présente dans la roche originale, mais on n’en a pas besoin parce les ratios sont tout ce qui importe. Au final, nous connaissons le taux auquel l’uranium se dégrade en plomb, parce nous l’avons mesuré de manière répétée et qu’il a toujours été le même. Donc, voyez-vous, lorsque les créationnistes prétendent que la datation radiométrique dépend d’ »hypothèses », ils décrivent n’importe comment la manière dont le processus fonctionne et ils démontrent qu’ils sont eux-mêmes malhonnêtes et ignorants de la science. Par conséquence, ils ne sont pas une source fiable d’information.


Notes de traduction
(1) « Assumptions » peut être traduit par « Hypothèse » ou « Suppositions ». J’ai décidé de finalement traduire par « hypothèse » pour ne pas gêner la compréhension. Sachez que le polyptote entre « supposer » et « supposition » a donc été perdu.