Article original : Alternative logic in alternative medicine: popular, fallacious and dangerously wrong, publié le 9 Novembre 2015 par Edzard Ernst sur son blog.

600 mots – environ 2 minutes.


Lorsque l’on débat à propos des médecines alternatives – qu’il s’agisse de moi ou de n’importe qui d’autre- avec leurs défenseurs, l’argument suivant revient toujours sous cette forme ou une autre : pas besoin de pointer du doigt les petites imperfections de notre thérapie préférée, regardez les énormes problèmes de la médecine conventionnelle.

Ce type de « logique alternative » a émergé à peu près à chaque fois que j’ai posté sur ce blog, et elle revient presque inévitablement après les conférences que je donne au grand public. Récemment, j’ai même été interrompu dans ce sens par l’une de mes hôtes dans un ‘Volkshochschule’ (NdT: école de cours du soir) allemand. Elle m’a interrompu deux fois pendant ma conférence après que j’eusse relevé le fait que l’homéopathie est à la fois coûteuse et non dépourvue de risques. Ses arguments étaient tellement typiques que je vais les répéter ici :

  1. Bien plus d’argent est dépensé dans les médicaments conventionnels que dans ceux homéopathiques.
  2. Les médecines conventionnelles ont des effets secondaires bien plus sérieux que ceux des médicaments homéopathiques.

Comme ce genre de logique est incroyablement populaire dans les médecines alternatives et comme elle semble si convaincante pour la plupart des gens, il est temps, je crois, que je m’y penche en détails.

C’est fallacieux

Cet argument qui semble au premier abord logique n’est en fait rien d’autre qu’un sophisme classique portant le nom « tu quoque » et qui peut facilement être démontré comme illogique, notamment par les exemples suivants :

  • Le grand nombre de morts sur les routes ne peut servir à justifier des trains dangereux
  • Les problèmes de conception en aéronautique ne rendent pas l’idée du tapis volant plus sérieuse
  • Votre voisin bat peut-être sa femme mais ça ne vous autorise pas à être méchant avec votre épouse.
  • Ce n’est pas parce que vous dites que tout le monde triche que vous êtes autorisé à être malhonnête.
  • Le haut niveau de mortalité d’un hôpital n’excuse pas la négligence d’un autre, etc, etc.

Dans le contexte de la médecine alternative : un résultat médiocre de la médecine mainstream n’est pas une raison pour tolérer les problèmes de la médecine alternative.

C’est dangereusement faux

Dire que les problèmes des médecines alternatives sont insignifiants comparés à la médecine conventionnelle ; ce n’est pas seulement fallacieux, c’est fallacieusement faux. La comparaison des coûts et des risques de l’homéopathie avec ceux des médecines conventionnelles, par exemple, est une approche complètement trompeuse.

Quand on aborde les risques d’une intervention thérapeutique, nous devons toujours considérer les bénéfices apportés ; comme les traitements homéopathiques n’en ont aucun, une comparaison risques/bénéfices entre l’homéopathie et la meilleure des thérapies conventionnelle ne peut être en faveur de l’homéopathie. Et quand on s’intéresse aux coûts, nous avons de nouveau besoin de considérer les bénéfices ; comme l’homéopathie n’a pas de bénéfices au-delà du placebo, une analyse coûts/bénéfices ne peut pas favoriser l’homéopathie.

Pourquoi est-il dangereux de prétendre le contraire ? La réponse est pourtant évidente, me semble-t-il : l’argument selon lequel les problèmes de la médecine alternative sont négligeables parce que ceux de la médecine conventionnelle sont de loin plus graves est fallacieux et il conduit à de mauvaises décisions en matière de santé. Qui prétendrait que de mauvaises décisions dans ce domaine ne sont pas dangereuses ? Et pour cause, elles coûtent des vies !

Alors, je vous en prie, faites-moi une faveur et n’utilisez plus jamais de tels pseudo-arguments irréfléchis sur ce blog !

Publicités